Séfarades et ashkénazes : quelle différence ?
Ashkénazes et séfarades sont deux grandes branches du peuple juif, qui partagent la même Torah, le même Talmud et les mêmes fêtes. Les ashkénazes sont issus des communautés d’Europe centrale et orientale, les séfarades de celles de la péninsule Ibérique, dispersées autour de la Méditerranée après l’expulsion d’Espagne en 1492. Ce qui les distingue, ce sont des usages (minhaguim), le rite de prière, la prononciation de l’hébreu et certaines décisions de halakha, pas la foi.
Les principales différences
| Ashkénazes | Séfarades | |
|---|---|---|
| Berceau historique | Rhénanie, puis Europe centrale et orientale | Espagne et Portugal, puis bassin méditerranéen |
| Langue juive traditionnelle | Yiddish | Judéo-espagnol (ladino) ; judéo-arabe en Afrique du Nord et au Proche-Orient |
| Référence halakhique | Choulhan Aroukh avec les gloses du Rema | Choulhan Aroukh de rabbi Yossef Karo |
| Rite de prière | Nossa’h Ashkenaz (et Sefard chez les ’hassidim) | Rite séfarade, dit aussi ’Edot hamizra’h |
| Légumineuses (kitniyot) à Pessah | Interdites par l’usage | Permises selon le Choulhan Aroukh, avec des usages familiaux plus stricts |
| Bénédiction des Cohanim hors d’Israël | Aux fêtes seulement | Chaque jour |
D’où viennent les mots « séfarade » et « ashkénaze » ?
Les deux noms viennent de la Bible. Ashkenaz est le fils de Gomer et le petit-fils de Yefet (Berechit 10:2-3), et un royaume du même nom apparaît chez Jérémie (Yirmeyahou 51:27). Sefarad est cité par le prophète Ovadia, qui parle de « l’exil de Jérusalem qui est à Sefarad » (Ovadia 1:20). Au Moyen Âge, la tradition juive a appliqué ces noms aux pays où vivaient les communautés : Sefarad pour l’Espagne, Ashkenaz pour les terres germaniques. On écrit aussi sépharade, séfarad, ashkenaze ou ashkenazi ; au pluriel hébreu, on dit Sefaradim et Ashkenazim.
Quelle est l’origine des juifs ashkénazes ?
Les premières grandes communautés ashkénazes se forment en Rhénanie, dans des villes comme Mayence, Worms et Spire, vers les Xe et XIe siècles. Le nord de la France appartient au même monde : Rachi, le grand commentateur de la Bible et du Talmud, vit à Troyes. Après les massacres des croisades et une série d’expulsions, une grande partie de ces communautés migre vers l’est, en Pologne et en Lituanie, puis en Russie. C’est là que le monde ashkénaze connaît ses grandes yéchivot, puis le mouvement ’hassidique à partir du XVIIIe siècle.
Leur langue quotidienne, le yiddish, est une langue d’origine germanique écrite en caractères hébraïques, avec de nombreux mots hébreux et slaves.
Quelle est l’origine des juifs séfarades ?
Des juifs vivent dans la péninsule Ibérique depuis l’Antiquité. Sous domination musulmane puis chrétienne, ces communautés produisent de grands maîtres, comme Rabbi Yehouda Halévi ou le Rambam (Maïmonide), né à Cordoue. En 1492, les juifs sont expulsés d’Espagne, puis contraints à la conversion au Portugal quelques années plus tard. Les exilés s’installent dans l’Empire ottoman, en Afrique du Nord, en Italie, aux Pays-Bas.
En France, le mot « séfarade » désigne souvent tous les juifs d’Afrique du Nord et du Proche-Orient. C’est un usage large : une partie de ces communautés vivait là bien avant 1492. On parle aussi de juifs orientaux (Mizra’him) pour les communautés d’Irak, d’Iran ou de Syrie, qui prient le plus souvent selon le rite séfarade.
Quelle langue parlent les séfarades ?
Pour la prière et l’étude, séfarades et ashkénazes utilisent le même hébreu et le même araméen. Dans la vie quotidienne, les exilés d’Espagne ont conservé le judéo-espagnol (ladino, djudezmo, et la haketia dans le nord du Maroc). Les communautés d’Afrique du Nord et du Proche-Orient parlaient surtout des dialectes judéo-arabes. Aujourd’hui, la plupart parlent la langue de leur pays : le français en France, l’hébreu moderne en Israël.
La prononciation de l’hébreu diffère aussi. Les ashkénazes prononcent souvent le tav sans point comme un « s » (Chabbos) et le kamats comme un « o », les séfarades disent « t » et « a » (Chabbat). L’hébreu israélien suit en grande partie la prononciation séfarade.
Différences de halakha et d’usages
Au XVIe siècle, rabbi Yossef Karo rédige le Choulhan Aroukh, qui reflète surtout la tradition séfarade. Rabbi Moché Isserles, le Rema, qui vit à Cracovie, y ajoute des gloses indiquant l’usage ashkénaze. Les deux textes sont imprimés ensemble : les séfarades suivent en général le Choulhan Aroukh, les ashkénazes le Rema quand il diverge. Quelques exemples :
- Pessah : le Choulhan Aroukh permet le riz et les légumineuses (kitniyot) ; le Rema écrit que l’usage en Ashkenaz est de s’en abstenir et qu’on ne change pas cet usage (Choulhan Aroukh et Rema, Ora’h ’Haïm 453:1).
- Bénédiction des Cohanim : le Rema note que dans ses pays, hors d’Israël, on ne la fait qu’aux fêtes (Rema, Ora’h ’Haïm 128:44). Les communautés séfarades la font chaque jour.
- Tefillin : une opinion rapportée par le Rema pose le tefillin du bras assis et celui de la tête debout ; le Rema écrit que l’usage de ses pays est de les poser tous les deux debout (Rema, Ora’h ’Haïm 25:11). Beaucoup de séfarades posent celui du bras assis.
- Prénoms : selon l’usage, beaucoup de séfarades donnent à l’enfant le nom d’un grand-parent vivant, ce que les ashkénazes évitent.
La prière : trois rites dans le sidour
Le contenu des prières est le même, l’ordre et certaines formules changent. Les ashkénazes prient selon le nossa’h Ashkenaz. Les ’hassidim, pourtant ashkénazes, suivent le nossa’h Sefard, inspiré de la kabbale du Ari. Les séfarades et les communautés orientales prient selon le rite séfarade, appelé aussi ’Edot hamizra’h. Les mélodies, la façon de lire la Torah et même l’objet qui la protège diffèrent : étui rigide chez beaucoup de séfarades, manteau de tissu chez les ashkénazes.
Séfarade ou ashkénaze : comment savoir, et peut-on changer ?
Selon l’usage le plus répandu, on suit la tradition de son père. Une femme mariée adopte en général les usages de son mari. Les familles mixtes sont aujourd’hui très nombreuses, et les questions pratiques (Pessah, prénoms, prière) se posent souvent. Avant de changer d’usage, on en parle avec son rabbin.
Erreurs fréquentes
- Croire que séfarades et ashkénazes ont deux religions : ils ont la même Torah et le même Talmud.
- Réduire « séfarade » aux juifs d’Afrique du Nord : le mot vient d’Espagne et couvre un monde plus large.
- Confondre ashkénaze et ’hassidique : les ’hassidim sont une partie du monde ashkénaze, pas tout ce monde.
- Confondre le rite « Sefard » des ’hassidim avec le rite séfarade.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un séfarade et un ashkénaze ?
L’origine géographique de la famille, les usages, le rite de prière et la prononciation de l’hébreu. Les fondements (Torah, Talmud, fêtes, Chabbat) sont les mêmes.
Quelle est l’origine des juifs ashkénazes ?
Les communautés de Rhénanie et du nord de la France au Moyen Âge, qui ont ensuite migré vers la Pologne, la Lituanie et la Russie.
Quelle langue parlent les séfarades ?
Traditionnellement le judéo-espagnol (ladino) chez les descendants des exilés d’Espagne, et des dialectes judéo-arabes en Afrique du Nord et au Proche-Orient. Aujourd’hui, surtout la langue de leur pays.
Que veut dire « séfarade » ?
Le mot vient de Sefarad, nom biblique (Ovadia 1:20) que la tradition juive a appliqué à l’Espagne. Est séfarade un juif dont la famille suit la tradition issue des communautés d’Espagne et du bassin méditerranéen.
Un séfarade peut-il manger des kitniyot chez un ashkénaze à Pessah ?
Le Choulhan Aroukh les permet et l’interdit du Rema est un usage ashkénaze (Ora’h ’Haïm 453:1). Pour les cas concrets de repas et de vaisselle, demander au rabbin.
Un ashkénaze peut-il prier dans une synagogue séfarade ?
Oui, rien ne l’interdit. Pour les points où les usages diffèrent pendant l’office, on demande à son rabbin comment faire.
Mis à jour le 29 septembre 2026.
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Règles et usages cités avec leur source, lue dans le texte. Les usages varient : en cas de doute, demandez à votre rabbin. Signaler une erreur.



